Le psychanalyste suisse Hermann Rorschach a élaboré un test projectif publié en 1921, le « test de Rorschach », destiné à évaluer les caractéristiques psychologiques d’un individu d’après la manière dont il réagit à des taches d’encre. Ce test contient 10 planches de tâches monochromatiques ou polychromatiques.
Cette série de photographies s’inspire de ce test de personnalité. J’ai réalisé des clichées de nature morte dans lesquelles j’ai intégré des « tâches ». lors de la prise de vue. J’ai ensuite interrogé des individus d’horizons différents afin qu’ils donnent les premiers mots qui leur venaient à l’esprit en découvrant la photographie. Puis j’ai projeté ces mots dans les images pour le rendu final. Pour ne pas submerger la photographie, je me suis fixée une fourchette de 3 à 15 mots maximum. J’ai choisi d’ajouter des tâches différentes sur une même nature morte pour évaluer leur impact sur le style et donc l’interprétation de la photographie. Il est intéressant de constater que la tâche prend l’ascendant sur la nature morte dans certaines circonstances, en allant jusqu’à l’effacer.
L’interprétation de chacun est propre à son vécu, son environnement géographie, son pays d’origine, ses rêves et ses angoisses. L’actualité, le contexte économique, social et démographique influencent aussi la perception. Par exemple, en sortie de pandémie, le mot virus est souvent ressorti. Parfois, certains mots ou des mots avoisinants se répètent et ressortent dans un groupe familial, alors même que leurs membres ont été interrogé de manière isolée. Pourtant, il existe autant de perceptions, de ressentis que de personnalités. Et même, un mot qui vient à l’esprit d’un individu aujourd’hui peut être radicalement différent des années plus tard, ou après un choc émotionnel. À la différence de nos natures mortes, l’être humain ne cesse d’évoluer au grès de son histoire, de ses rencontres ou même d’un contexte plus large comme celui de la pandémie.